Trèfle Lozérien: Un poireau dans la course
Par Christophe Marques, enduronaute notoire!
Journée
magnifique et canicule à Mende pour ce jeudi de vérifs
administratives et techniques. Comme on ne venait pas de très
loin, on était motivé pour expédier ces
formalités. Il nous restait ensuite un petit après-midi
pour reconnaître une ou deux spéciales à
pied.
Je dis "on", parce que j'étais
accompagné par mon "coéquipier", Alex, avec qui
je me suis préparé pour cette course que j'attendais
depuis des années.
On se doutait
que Mende n'était pas habitué à une
chaleur pareille. La béquille de mon "enclume"
de 350 DR s'enfonçait dans le sol. On avait prévu
une planchette au cas où le parc fermé serait
sur une pelouse un peu grasse, mais de là à
l'utiliser sur le goudron ! Même les pneus avant
arrachaient des plaques de bitume du foirail Mendois avec
leurs petites tétines acérées!
Cela nous promettait beaucoup de
poussière pour le lendemain, surtout avec nos gros
numéros, 489 et 490... Aux vérifications
administratives, pas de cohue, c'était bon signe.
Il faut dire qu'on était là quelques minutes
avant l'ouverture. La "magie du Trèfle": on croisait
déjà D. FRETIGNE !
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La formalité
du contrôle technique n'a pas été si simple
pour moi : un des seuls points que je n'avais pas vérifiés
sur la moto était en rade : éclairage arrière.
J'ai dû bricoler un peu. Ensuite, recalé pour cause
d'absence de mousse sur la barre du guidon. Deux autres concurrents
ont eu le même souci, mais eux étaient plus dubitatifs
: ils n'avaient pas de barre de guidon ! Du coup, retour au camion
Michelin, quelques coups de ciseaux dans un vieux bib, deux bouts
de scotch, un autocollant Michelin pour faire beau, et en avant,
moto au parc !
Avec tout cela, il était trop tard
pour aller sur les spéciales. Poireaux on est, poireaux
on le restera...
Premier jour
de course vers la Margeride, beau temps, frais le matin, pas trop
chaud l'après-midi. Première poussée d'adrénaline,
panne de voiture en partant pour Mende. Pas très grave, mais
obligé quand même de changer de carrosse ! Ensuite, sur
le podium, le poum-poum qui ne veut pas démarrer. D'habitude,
c'est à froid qu'il démarre le mieux.
Faut dire que d'habitude, je ne suis pas stressé
et je tire le starter !
Premier ravitaillement, sans CH, on semble être
dans les temps. On a du mal à savoir où l'on en est.
Le terrain peut passer de la piste très roulante, fond de six,
à un passage un peu technique avec un bouchon. Mais on roule
et on se fait plaisir, c'est l'essentiel. Beaucoup de passages sympas
dans les genets de la Margeride. Les chemins sont un peu défoncés
par moments,
et je me console en pensant au lendemain, où
l'on partira dans les premiers...
Première spéciale
: pas tomber, pas caler, c'est mon objectif. Faire un temps,
je n'y arriverai jamais avec mon enclume et ... mon niveau.
Ça se passe bien, mais 478ème.
Premier CH, on a un tout petit peu de temps.
On est un peu tendu, on s'accroche avec l'assistance (nos nénettes,
merci à elles !), pour une histoire de noyaux dans les
pruneaux (!), mais on pointe à l'heure.
Une gamelle dans un moulard : il y avait
une grosse pierre cachée et elle a arrêté
net mon fourneau de fourche. Pas de bobo, sauf pour l'honneur
!
SP2 banderolée,
catastrophe, juste après le départ, le tuyau du
Camel Back se sort de l'élastique et je dois m'arrêter
pour le remettre en place.
Comme cette spéciale était
défoncée, je n'avançais pas et me suis
fait doubler par quelques concurrents. Temps minable, 477ème.
C'est pas grave, on continue, conscients d'être à
la bourre.
SP3, ligne défoncée,
idem 469ème. E. Bernard qui fait le scratch a mis presque
deux fois moins de temps que moi !
CH3, on pointe à l'heure, même
une poignée de minutes de rab'.
SP4, très longue, après un
bouchon de vingt bonnes minutes, se passe bien, mais 468ème
quand même.
CH4 : suite au bouchon, un arrêt
pipi de trop et la fatigue qui commence à se faire sentir,
on pointe une minute en retard. Ce qui est rageant, c'est que
cette minute, on n'est même pas sûr de la mériter
vraiment : il y avait
un bouchon devant les drapeaux et les gus,
toujours pas très fair-play, ne se bougent pas trop pour
nous laisser accéder à la pointeuse. Bilan : mon
collègue se met par terre en essayant de déplacer
une barrière et en plus de la minute, il se fait engueuler
par une chronométreuse !
SP5 au Causse d'Auge longue banderolée
avec pas mal de cailloux et de trous, je ne prends pas trop
de risque et fini 416. Commentaire du speaker : Je me réserve
pour le lendemain ! Le con ! J'étais à toc ! Une
bonne journée qui se termine par un peu de mécanique,
un petit peu de papotage avec Luc Alphand (68ème le premier
jour, il roule, le mec !).
On se dépêche de se rentrer
parce que le lendemain, on démarre dans les premiers.
Première constatation : il y a eu pas mal d'abandons,
car mon classement diminue au fil des SP, sans que j'aie l'impression
de rouler mieux ;-). 406ème sur 466 classés le
premier jour.
Deuxième
jour : Margeride et contreforts
de l'Aubrac, et surtout, sur "mes" terres, enfin, celles de mes ancêtres.
Le temps est toujours aussi beau,et un peu plus chaud.
SP1, ligne, motivé
et moto par terre à la première épingle.
Le temps de redémarrer, chrono. pas terrible et 472ème
au bout du compte.
Quel régal de rouler sur un terrain
pas défoncé, paysage toujours aussi sympa. Descente
dans des petites vallées perdues par des chemins de chèvre,
gué, et remontée par le même genre de chemins.
Les pistes roulantes (que les autochtones appellent "routes
blanches"), grâce à la magie de la course, on peut
se permettre de les prendre à deux de front. On bouffe
moins de poussière, ça demande un peu plus de
finesse de pilotage, c'est super !
SP2 banderolée
à Aumont, pas défoncée, beaucoup de virage
à plat (ma spécialité ?), concentration
maxi, pas de faute, temps correct pour moi et classement 381ème,
avant mon collègue qui s'est mis parterre.
CH1, largement dans
les temps, puis la liaison vers St Sauveur, passage à
quelques centaines de mètres de la ferme, et SP3 banderolée
sur le site de l'endurance UFOLEP. Un peu trop de virages en
dévers et de passages délicats pour moi et mon
enclume : 398ème.
La liaison suivante,
je l'attendais depuis longtemps, depuis 1988, depuis mes premiers
tours de roues en moto en Lozère avec ma première
moto, déjà sur les traces du Trèfle. A
l'époque il passait pratiquement dans la cour de
la ferme pour rejoindre Marvejols par la
vallée de l'enfer. Ce chemin qui monte en face du viaduc
de l'enfer (ferroviaire), pour descendre ensuite sur St Léger-de-Peyre
et son gué, j'en rêvais. J'étais tellement
ému que je ne pouvais pas voir ce superbe paysage, j'avais
les yeux pleins de larmes. Maintenant encore, mon écran
se brouille pour les mêmes raisons.
CH2 à Marvejols, on avait assez de
temps pour aller dire bonjour "Au p'tit Loup". La liaison suivante
a été terrible. C'était une des plus longue
de la course faisait une boucle et nous ramenait vers Marvejols.
Elle a mal commencé : les banderoles blanches qu'on a
ratées à un carrefour nous ont mené vers
la liaison du soir,
sans passer par les cases CH3, SP4 ! Heureusement
qu'il me restait un fond de sens d'orientation. On est repartis
de Marvejols avec l'intention de rattraper du retard. Un gué
mal négocié (encore mes fourreaux de fourche qui
cognent là où il ne faudrait pas), un pierrier
d'anthologie pour éviter un (petit ?) bourbier, puis
une descente un peu technique m'ont lessivés. Heureusement
que le kilométrage du road-book était un peu faux,
sinon je ne sais pas comment je serais arrivé au CH3,
où on a quand même pointé largement à
l'heure !
En allant à
la SP4, course sur prairie de Marvejols, j'ai réussi
à me mettre parterre sur le goudron (fondu), dans une
épingle ! Une petite élongation de la cuisse et
on repart, en serrant les dents. Il était plus facile
de rouler que de marcher alors ça allait ! Au départ
de la spéciale, inconsciemment, je ne pense pas avoir
mis tout le gaz que je pouvais, j'avais peur d'être devant,
ou enfermé au premier virage. Finalement, je me suis
retrouvé au milieu du peloton, presque à l'aise.
Un concurrent m'a doublé mais je talonnais mon collègue.
jusqu'à ce que je me rate dans un virage en dévers,
cause moteur calé au freinage. Dommage, le temps de redémarrer
tout le monde était loin : 439ème au final.
Pour la dernière
liaison, de jolis paysages, en longeant les causses au-dessus
de Mende. CH4 largement à l'heure. SP5 banderolée
assez longue, mais encore une gamelle sur un freinage en dévers,
mais cette fois la moto a basculé coté aval et
je me suis retrouvé coincé dessous ! Heureusement
qu'un organisateur est venu m'aider à remettre mon enclume
sur ses roues. Le temps (très long) de redémarrer
et deux bonnes minutes perdues et 458ème.
Avant de rentrer au
parc, un peu de mécanique sur le DR (patte du pot tordue
à force de tomber dessus) et sur le KTM du collègue
(patte du pot cassée, à force de ? D'accélérer
peut-être ?). Ensuite retour tranquille à la ferme.
En arrivant dans les premiers et en repartant le lendemain dans
les derniers, ça laisse plus de temps.
Bilan de la seconde journée : 414ème
sur 445 classés, pas de pénalité.
Troisième
jour : les causses du sud et les gorges du Tarn. Le matin,
ciel menaçant et quelques gouttes et du vent froid en passant
du coté du col de Montmirat.
SP1, on revient aux
règles de base : pas tomber, pas caler ! Une jolie banderolée
avec pas mal de virage en dévers, alors cool : 410ème.
Ensuite la mythique liaison vers St Enimie
: chemin de chèvre puis piste roulante pour descendre
dans les gorges du Tarn. Eblouissant !
CH1 à St Enimie, largement en avance.
On est vraiment dans le rythme maintenant, et d'ailleurs, il
y a nettement moins de gus qui nous doublent.Mon collègue
en profite pour changer le levier d'embrayage qu'il avait cassé
la veille et on repart dans ce cadre géant. En sortant
de St Enimie (par la route), mon collègue s'arrête,
le levier d'embrayage était mal remonté et on
perd un quart d'heure à le remettre en ordre. Une fois
sur le Causse, on a essayé de mettre du gaz pour rattraper
le retard. Les derniers nous avaient doublés. Je me mets
de suite en mode "SP".
SP2, chouette banderolée
avec pas mal de virage à plat, bien chaud et remonté,
je fais un bon temps (pour moi), mais le classement n'est pas
aussi bon qu'espéré : 397ème.
On repart, et moi je reste en mode "SP" pour
essayer de ne pas prendre de pion, car cette liaison est assez courte.
Avant d'arriver à la Malène, il faut descendre,
et évidemment, avec mon enclume, je ne suis pas à
la fête dans les superbes chemins de chèvre que
l'on emprunte. Presque en bas, petit dévers avec un 250
TTR tombé dans les arbres. Au CP, en bas, on me rassure,
c'était un "pirate" ! Quelques minutes à patienter,
le KTM de mon collègue avait des problèmes de
freins cette fois, et on fonce sur les superbes routes vers le
CH2 et 11 minutes de pénalité.
SP3, course de côte
sur route. C'est vrai que par là, il ne manque pas de
routes viroleuses pour sortir des gorges ! Comme je m'étais
mis parterre la veille sur la route, j'y suis allé cool
: 292ème quand même !
La banderolée
suivante, SP4, me plaisait bien, avec beaucoup de virages à
plat dans l'herbe, qui venait juste de sécher. C'est
celle où Anthony a fait 5 au scratch. Moi, je me suis
contenté du 232ème temps.
Quelques Km plus loin,
on a aidé un blessé, j'ai sorti le téléphone
que je trimballais depuis trois jours au fond d'une poche et
oh ! miracle de la technologie, on a réussi à
joindre le PC médical. De toute façon, Ragnar
(un autre enduronaute) et son collègue médecin
des A.M.I.S. sont arrivés à ce moment.
CH3 à la Canourgue,
sans soucis, malgré les quelques minutes de dépannage.
SP5 au Causse d'Auge
(idem premier jour) : terminer tranquillement, assurer sur les
freinages, c'est pas à la dernière spéciale
qu'on va tout rattraper ! Bilan : 5 secondes de mieux que le
premier soir et 386ème temps. Je n'ai pas retenu le commentaire
bidon du speaker, trop content de terminer cette course dont
je rêvais depuis si longtemps. Les onze minutes de pénalités
sont passées à la trappe : il n'y a eu aucune
pénalité retenue le dernier
jour.
Classement
général : 353ème sur 495 partants et 391
arrivants.
J'ai retenu quelques
petites choses sur ce Trèfle Lozérien :
- ne pas tomber en spéciale,
- à mon niveau : rouler fort en
spéciale ou pas, ça change pas grand chose au
classement, sauf si en roulant fort, je me mets parterre,
- les CH où il n'y a pas d'assistance
ont des temps plus courts, donc il faut faire plus gaffe de
ne pas perdre de temps,
- sur les liaisons, il faut rouler "au
rythme" et non "au compteur kilométrique + chrono", car
les kilométrages de liaisons sont très approximatifs,
et
on ne sais jamais si on ne va pas tomber
sur une
difficulté avant le CH suivant,
- se méfier des pruneaux aux ravitaillement
(noyaux et accélération du transit intestinal),
- partir avec un stock de tétines
de Camel Back dans les poches.
Chris
qui ne remerciera jamais assez l'assistance
: Karine et Marie, nos parents pour les encouragements
("prends pas trop de risque", "l'important,
c'est de participer", "c'est bon, c'est fini, pas la peine de
forcer pour la dernière SP"...)
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