La face
cachée
Le
Dakar… Le rêve… L’aventure avec un grand A…
La face visible : les superbes images d’hélico,
les traits tirés des champions, la joie sur
la plage.
La face cachée : les galères,
les galères, les galères.
Jérôme Feuillade suivait le
rallye en camion balai.
Il
en a vu de toutes les couleurs. Il raconte !
Quand on m’a annoncé en septembre 97 que
j’allais faire le Dakar, j’étais bien loin de m’imaginer
que ce serait dans le camion balai. Mais, après coup, l’expérience
a été des plus enrichissantes, car les grandes histoires
du Dakar, celles qui ont du cœur, le parfum de l’aventure,
c’est derrière qu’elles se passent ! Les balais ont
toujours existé sur le Dakar, mais avant, il n’y en avait
qu’un, et il ne ramassait pas les motos. Depuis ,TSO s’est
engagé à ramener toutes les motos en France. Cette initiative
est tout a fait louable, même si elle est payante, mais très
honnêtement, le prix variant de 2 500 à 4 500 F selon
les pays, le motard n’est pas volé ! Avant, tout problème
se soldait par un abandon de la moto
ou par un dépannage par des locaux avec des prix «spécial
Dakar» environ 15 000 F.
Pour récupérer hommes et machines,
TSO a équipé trois Tatra 6x6 de 500 chevaux. J’ai
donc embarqué dans le balai n° 3 à Nador. À
l’intérieur de la cabine, ambiance compétition garantie,
avec siège baquet, harnais et arceau de sécurité.Quand
on m’a annoncé en septembre 97 que j’allais faire
le Dakar, j’étais bien loin de m’imaginer que ce serait
dans le camion balai. Mais, après coup, l’expérience
a été des plus enrichissantes, car les grandes histoires
du Dakar, celles qui ont du cœur, le parfum de l’aventure,
c’est derrière qu’elles se passent ! Les balais ont
toujours existé sur le
Dakar, mais avant,
il n’y en avait qu’un, et il ne ramassait pas les motos. Depuis
,TSO s’est engagé à ramener toutes les motos en
France. Cette initiative est tout a fait louable, même si
elle est payante, mais très honnêtement, le prix
variant de 2 500 à 4 500 F selon les pays, le motard n’est
pas volé ! Avant, tout problème se soldait par un
abandon de la moto ou par un dépannage par des locaux avec
des prix « spécial Dakar », environ 15 000
F. Pour récupérer hommes et machines, TSO a équipé
trois Tatra 6x6 de 500 chevaux. J’ai donc embarqué dans
le balai n° 3 à Nador. À l’intérieur
de la cabine, ambiance compétition garantie, avec siège
baquet, harnais et arceau de sécurité.
Place à la course
maintenant. Avant la traversée de la Méditerranée,
trois motos manquaient déjà à l’appel. Les
choses vont véritablement commencer à Nador. Sur
le parcours de liaison, le quad n° 190 a déjà
changé son moteur. Et ce n’est pas la première fois,
puisque celui-ci a déjà cassé en France.
Il abandonnera trois jours plus tard, épuisé. Le
Dakar n’attend pas. Le moindre problème, qu’il soit physique
ou mécanique, vous entraîne dans une spirale qui
vous fait abandonner dans les deux jours. Ce constat, je pourrai
le vérifier à plusieurs reprises.
Ainsi, lors de cette première étape,
nous ramasserons la première femme.Embarquée dans
l’équipe MuZ, le périple s’arrêtera pour elle
bien rapidement, pour un simple problème de gicleur bouché.
Problème facile à résoudre en France
dans son
garage, mais très délicat sur la piste, lorsque la
nuit tombe, que le hurlement des chacals se fait plus proche, et que
toutes les deux minutes, vous êtes recouvert par la poussière
d’un concurrent. Un peu plus loin, c’est le n° 146 qui
abandonnera. Depuis la première spéciale, il traîne
une petite entorse de la cheville. La douleur va vite devenir insupportable
après 12 heures de moto et quelques nouvelles chutes. Pour
lui, c’est la fatalité, mais après discussion, on
peut s’apercevoir que le Dakar est sa première course,
que la moto est bien grosse pour son gabarit, et qu’il ne roule
que le week-end, en balade. Il ne faut pas rêver, le Dakar
n’est pas une légende. Le lac Rose se mérite, la
chance intervient, mais pour ceux qui se sont préparés.
Les chiffres sont là pour le prouver : 178 partants, 53
à l’arrivée. Les 25 premiers du classement sont tous
des noms connus de la moto, anciens ou nouveaux champions. Les
25 autres sont des « tétos », des accros du
guidon, qui ont derrière eux des milliers d’heures de moto.
Il y a bien des exceptions, cependant. Deux ou trois motards d’occasion,
mais qui ont une force de caractère et une volonté
hors norme.
La deuxième journée
sera marquée par la rupture à répétition
des arbres de roues des quads. Résultat des courses, deux
des cinq quads abandonneront à Ouarzazate. Dans cette étape,
les concurrents vont devoir traverser sur cinq kilomètres
l’erg de Merzouga. Ce premier contact avec les dunes et les sable
sera à l’origine de quatre abandons. Car sans technique
adaptée, les embrayages ne supportent pas. Eh oui, il y
a des gens qui s’engagent sur le Dakar sans avoir jamais roulé
sur le sable ! 100 kilomètres plus loin, nous ramasserons
la moto n° 86. La première plaque de fech-fech a eu
raison de ses espoirs. Et pourtant Alain en est à son deuxième
Dakar, bonne préparation physique, bon team. Alain était
le compagnon d’épopée d’Aurélia Tandy. Celle-ci,
déstabilisée par l’abandon de son coéquipier,
chutera le lendemain. Il semble donc assez difficile de rouler
à deux, surtout de niveau différent. D’autre part,
les voitures prennent beaucoup plus de risques à doubler
un binôme.
Dans cette
étape Er-Rachidia-Ouarzazate, dite « facile »
par l’organisation, on sent une montée en puissance des
difficultés. Pour situer, difficultés et kilométrage
représentent pratiquement l’équivalent de trois
étapes du raid de l’Amitié. Ça laisse rêveur
! Ainsi, à Ouarzazate, nous aurons déjà perdu
quinze motards, beaucoup par insuffisance de préparation
ou moto détruite sur chute. Si le Maroc est annoncé
comme le hors-d’œuvre, la moindre petite chute peut avoir des conséquences
désastreuses pour l’homme ou pour la machine, avec à
la clé un abandon bien prématurée
La troisième journée marocaine
comportait 100 kilomètres jusqu’à Smara. Les motos
démarreront à 4 h 30 du matin pour finir vers 2 heures
le lendemain. Dans cette journée, encore cinq abandons,
dont Magnaldi sur chute. Pour le privé, la première
semaine de course ressemble à un chemin de croix. Il faut
rouler sans tomber et sans casser, à 70 % toute la journée,
dès l’arrivée au bivouac vite faire sa mécanique,
rentrer ses point GPS, bien manger et se débrouiller pour
trouver un coin où dormir. La douche, c’est pour les premiers,
il faut l’oublier. Le lendemain, vite, tout ranger pour être
prêt à 5 h 30. Dans ces conditions, on comprend qu’il
faut être super organisé et avoir opté pour
des solutions simples et pratiques. Le Dakar constituant un attrait
indéniable pour les populations locales, il est recommandé
d’avoir une petite tente, pour mettre ses affaires à l’abri
des vols.
Sur un Dakar, la condition physique doit
être au top niveau, car toutes les lacunes type lumbago transformeront
vite votre rêve en cauchemar. Pour cela, rien ne doit avoir
été négligé. Parmi les choses les
plus importantes, la position sur la moto. Celle-ci devra avoir
été testée pendant plusieurs centaines de
kilomètres, aussi bien assise (selle en peau, sans coutures,
avec épaisseur de gel anti-escarre), que debout. Le confort
des poignées doit avoir été particulièrement
travaillé (sorbotane), car d’une manière quasi-générale,
tous les motards vont souffrir de douleurs dans les mains et les
avant-bras, correspondant à un mini syndrome des gaines
(compression des nerfs dans la paume des mains). Au départ
de Smara, nous chargerons dans un camion en partance pour la France,
vingt motos, dont dix KTM et deux quads.
À
partir de ce moment, les choses sérieuses vont commencer. Nous
attaquons la Mauritanie, avec ses déserts, ses dunes. Il
n’y a plus de piste, tout le monde est à son GPS et à
son road-book. Il faut rouler sans se déconcentrer, et enquiller
sans se fatiguer, sur une succession de quatre étapes de
plus de 700 bornes.
Contrairement à ce que l’on pourrait
penser, le road-book du Dakar est très détaillé,
il y a parfois des indications tous les 200 mètres. Dans
ces conditions, le trip partiel doit avoir de gros chiffres, pour
permettre une bonne lecture. S’il est toujours possible de suivre
les traces, il est recommandé de savoir bien jongler avec
son trip et son GPS, car dès que la nuit tombe, les traces
se perdent, le désert se fait plus grand, les distances
beaucoup plus longues. Les motards évoquent ainsi une moyenne
divisée par trois pour une prise de risque double la nuit.
Dans l’étape Zouerat-El Mreiti, par exemple, seules vingt
motos arriveront de jour. En quatre étapes, le rallye perdra
la moitié de son effectif moto pour arriver à quatre-vingt-deux
au départ de Gao.Impressionnant, non ! Dans ces étapes
de désert, les casses mécaniques se font de plus
en plus nombreuses, les moteurs sont constamment en charge, que
ce soit dans les franchissements de dunes ou dans les plaines de
sable mou.Il faut savoir alors économiser la moto en rendant un peu de gaz pour aller
plus loin. Les pannes d’essence vont toucher un très grand
nombre de motards. Ainsi, dans les étapes de sable mou,
il ne faut pas hésiter à embarquer un petit jerrican
de cinq litres, ce qui peut vous économiser deux ou trois
heures de galère ! D’autre part, sur de telles étapes
de dunes, les camions d’assistance perdent rapidement le contact
avec la course, souvent 24 heures derrière, il est illusoire
de vouloir récupérer une malle ou des pièces.
Cet investissement doit être mûrement
calculé en fonction du profil du rallye. Ainsi, jusqu’à
Taoudenni, veille de l’étape de repos, le rallye comptera
des concurrents sur près de 1000 kilomètres, obligeant
l’organisation à installer un PC arrière. Dans ces
circonstances, la course sera neutralisée en étape
de liaison sur 100 kilomètres jusqu’à Gao. Pour exemple,
ces 1 000 kilomètres seront parcourus par Fred Dabert (quatrième
Dakar) en 18 heures de selle. Dans ces conditions d’apocalypse,
il faut savoir ruser pour arriver. Ainsi, certains n’hésitent
pas à dormir quelques heures en pleine spéciale
pour repartir au petit matin. La perf du privé n’est pas
celle du chronomètre, mais celle de sa présence
à l’arrivée. |
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