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Rencontrer le staff du moto club Lozérien c’est un privilège à cette période de l’année quand on connaît leur emploi du temps  à un peu moins d’un mois du Trèfle. C’est aussi un moment placé sous le signe de la convivialité autour d’une bonne table.
Morceaux choisis.
Entretien réalisé avec David Marquiran, Christian Frayssinet, Kiki Boulet et Philippe Lauraire.

Christian Frayssinet et David MarquiranD’où est venue l’idée du Trèfle ?
 David Marquiran : Pendant plusieurs années le MCL a organisé des épreuves du Championnat de France d’enduro et puis, à cause de problèmes de fédé, de cahier des charges à tenir, par lassitude des bénévoles tout s’est arrêté. Mais les gars du club se sont un peu retrouvé orphelin et ont cherché à créer quelque chose d’original.

Christian Frayssinet : Comme dans toutes les histoires du MVL, c’est parti d’un apéro ou d’un bon repas, de la discussion et de la réflexion de gens qui avaient un besoin de renouveau. L’idée de départ, c’était de faire une sorte de balade touristico-gastro-sportive  en Lozère sur 2 ou 3 jours et de permettre à la masse, pas forcément impliqué dans un championnat, de faire de l’enduro. 

DM : Mais un enduro sympa, avec des temps larges qui permettent d’apprécier les paysages et de découvrir notre  département. Au début, nous ne souhaitions pas forcément mettre des chronos, ça devait être juste une balade et puis ce sont greffés des spéciales pour apporter du piquant tout en gardant le coté convivial. D’ailleurs, les premiers trèfles étaient plus faciles, les pistes étaient plus roulantes, les pilotes arrivaient moins fatigués, moins usés.

Kiki BouletPourquoi cette évolution ?
DM : Avec le remembrement, l’autoroute qui traverse la Lozère et l’aménagement du territoire, les communes ont maintenant des budgets pour refaire les pistes et les adapter aux besoins des agriculteurs. Maintenant, ils ont des tracteurs qui font 4 tonnes et ils tirent des remorques à lisiers qui en font 8, les pistes sont devenues des autoroutes qui font 5 mètres de larges et qui sont comme des billards.

Les maires ne veulent plus voir débouler 500 motos sur les chemins qui ont été refaits. A l’époque quand les pistes avaient des ornières, des cailloux c’était marrant au niveau pilotage, maintenant cela ne présente plus aucun intérêt, sans compter que c’est hyper dangereux avec la poussière et la vitesse que tu peux prendre.

Kiki Boulet : Se pose aussi le problème des autorisations, Dans certains « quartiers » cela devient de plus en plus difficile, même si nous s’engageons à réparer les dégâts qui peuvent être causés sur certains chemins fragiles.

Alors, en concertation avec les maires, nous recherchons des itinéraires de substitution, nous réouvrons des chemins ou des sentiers qui étaient abandonnés depuis 20 ou 30 ans. Quelque part c’est de l’aménagement du territoire, et puis les communes commencent à voir l’intérêt car tout le monde s’y retrouvent : pédestres, équestres, VTT.

C’est ce qui  rend le trèfle plus technique et moins roulant.

Vous vous engagez à réparer les chemins ?
DM : C’est souvent la condition et certains en profitent…

Pour la remise en état, ça dépend bien sur de l’ampleur, mais en général nous sous traitons avec des entreprises du BTP. Nous n’avons ni le matériel ni le temps pour engager de gros travaux. Un budget est prévu pour ça.

CF : Ca dépend surtout de la météo, l’année où tu as un temps pourri tu es content du voyage. Dans ces cas là, il faut anticiper les problèmes,  contourner  les pistes fragiles par des parcours de délestage. 

Kiki : Il y a aussi le souci  de la « repasse » et des randos plus ou moins sauvages organisées sur le tracé de l’épreuve. C’est sur que c’est facile pour les organisateurs, il n’y a qu’à suivre les traces. Ca nous cause des problèmes auprès des municipalités et des propriétaires privés qui voient débarquer 20 ou 30 motos et qui font l’amalgame avec la course. Quand tu retournes les voir, tu te fais allumer. C’est l’avenir du Trèfle qui est en jeu et quelque part c’est aussi le mien, car c’est devenu mon job.

Philippe LauraireCombien de temps faut-il pour organiser un Trèfle ?
CF :C’est d’une année sur l’autre, dés la fin du Trèfle nous embrayons sur la croisière, ensuite un break durant Juillet Août et nous attaquons sur le prochain en septembre. Maintenant, vu les contraintes, septembre c’est presque déjà trop tard.

Quelles sont les contraintes ?
DM : Une grosse partie consiste à tracer le circuit, obtenir les autorisations avec toutes les démarches que cela engendre. Ca c’est le boulot de Kiki d’aller voir les municipalités et les propriétaires privés.

Chaque année nous essayons d’apporter un plus,  pas systématiquement pour faire de la nouveauté, mais c’est aussi un moyen de motiver les bénévoles. Ce qu’ils aiment, c’est partir à la recherche d’un sentier, quitte à devoir le réouvrir. Si le circuit emprunte toujours les même endroits, les gars vont se lasser. Il faut trouver des spéciales diversifiées avec des causses, de la plaine, des courses de côte etc.

Philippe Lauraire : Il faut s’occuper des sponsors aussi, pas aux niveau de la recherche car c’est plutôt eux qui viennent à nous maintenant, mais la mise en place du partenariat prend du temps.

DM : L’aspect communication, c’est le plus compliqué pour un club. Du fond de notre Lozère, décrocher un reportage sur une TV nationale, c’est quasiment impossible si tu n’es pas entouré de gens compétents. Depuis le début, c’est Claude Michy (ndlr : organisateur de GP de France, entre autre) qui s’en est occupé.  C’est même le Trèfle qui lui a servit de « laboratoire » quand il a monté sa boite de com. Maintenant avec son planning, c’est l’amitié qui le fait rester avec nous, et le plaisir qu’il trouve

à se retrouver dans l’ambiance. Il y a trois ans, il a acheté la moto à Domergue et maintenant il roule avec nous.

Et Domergue, qu’est ce qu’il devient ?
DM : Il est toujours au club, il n’a plus de soucis, il a l’œil critique, souvent positif d’ailleurs et il vient à l’apéritif. Il connaît bien les horaires. (rires).

Blague à part, l’an dernier par exemple c’est lui qui a organisé le Magic Sunday. Il fallait dissocier les deux organisations pour des raisons pratiques. Il a monté sa propre équipe, sans trop emprunter de gars du MCL qui étaient surbookés et il a bien géré son truc.

Cette année il va s’occuper de la soirée de remise des prix et des festivités qui vont avec.

Pensez vous renouveler le Magic Sunday ?
DM : Le Magic Sunday, c’était la fête à Kiki, le but c’était de faire rentrer 4 ronds pour l’aider. Au club, il ne s’est même pas posé la question de renouveler l’expérience. Le Magic Sunday il n’y en aura qu’un. Le renouveler, ç’était aussi galvauder le premier.

Pourquoi l’avoir fait à la Canourge ?
DM : Ce qui était prévu au départ, c’était de le faire à Mende, à l’aérodrome. Tout était prévu là haut, il n’y avait pas de problèmes, les autorités locales étaient d’accord pour l’événement. C’est l’aviation civile qui a bloqué.

CF : l’aérodrome leur sert de délestage en cas de problème, il n’y a rien eu à faire. La seule épreuve qui a réussi à le bloquer, c’est l’arrivée du Tour de France, mais là les ordres sont arrivés d’en haut…

Pourquoi ne pas garder l’idée de commencer le jeudi pour laisser aux concurrents le dimanche pour rentrer ?
DM : Cette année, le hasard du calendrier fait que le lundi c’est Pentecôte. Ca tombe bien ! 

En fait, nous voulons à tout prix éviter le « Black Sunday ». En finissant le samedi soir, l’image qui me vient, c’est la place de Prat le dimanche matin : papier gras, poubelles pleines, barrières en vrac et un parking vide. C’est mort et ça te fout le blues.

PL : Pour nous, le trèfle, c’est une course mais c’est aussi une façon de faire vivre notre pays. Ce doit être un week-end de vie intense sur Mende et sur la Lozère. Faut voir qu’il y a des gens qui travaillent et qui n’ont que le dimanche pour en profiter. Alors arrêter le samedi soir, avec un dimanche où il ne se passe rien, où tout le monde est parti, on ne veut pas voir ça à Mende !

Comment les Lozériens voient le trèfle ?
CF :  L’année sabbatique a fait du bien, car pour beaucoup de gens, le Trèfle était un acquis. Cela faisait douze ans qu’il existait, ça roulait tout seul. Quand il s’est arrêté, il y a eu un manque, et pas seulement pour les commerçants. C’est quand même chouette de voir des têtes d’affiche du monde de la moto venir rouler chez nous.

DM : Il y a beaucoup de Mendois qui, sans s’intéresser de très prêt à la moto, sont conscients de l’image qu’ont Mende et la Lozère dans le milieu de l’enduro et qui quelque part en sont fiers. Ils ont pris d’autant plus conscience le jour où Peter a gagné le Dakar. Ils se sont dit, si Peter vient à Mende, c’est que c’est un gros truc.

PL : Sans vouloir se moquer de « France Bleu Limoge », jamais tu ne verras un journaliste de la « Lozère Nouvelle » écrire : « Peter, un non-spécialiste de l’enduro, a gagné le Trèfle. » On peut dire, sans trop exagérer, que tout Lozérien connaît Peter et sait qu’avant d’être un spécialiste des rallyes africains, c’est un enduriste.

Comment faîtes vous pour gérer le nombre d’inscrits par rapport aux places possibles ?
DM : Depuis que le Trèfle existe, nous avons des soucis pour savoir comment  faire pour les inscriptions, qui inscrire et sur quels critères. Quand tu as 500 places et plus de 1000 demandes, cela devient de plus en plus compliqué.

Depuis plusieurs années, nous étions tombés dans un système où nous reprenions toujours les mêmes. Les gens s’inscrivaient en équipe de 10 ou 15. Chaque année une ou deux équipes étaient refusée pour renouveler, mais dans l’ensemble c’étaient les mêmes qui revenaient.  Il fallait trouver un système qui soit plus équitable et on s’est tourné vers le net.

Pourquoi la solution Internet ?
PL : Jusqu’à présent les gens pouvaient confirmer par minitel et il y avait un taux de participation inférieur à 50%. Nous avons choisi cette voie en voyant les confirmations d’inscription l’année dernière qui se faisait par le net et qui ont approché les 80%. A la vue de ces résultats nous nous sommes dit, pourquoi ne pas aller plus loin et mettre en place un système sur notre site où les 200 premiers à s’inscrire seraient assurés d’avoir une place.

CF :  Et là, s’est net clair et précis, il y a un numéro d’inscription qui s’incrémente et quand tu arrives à 200 : point final !

DM : Jusqu’à présent, nous étions fortement critiqués sur notre tirage au sort, là pour 200 places ça ne dépend pas de nous. Ce sont les plus vifs qui gagnent. 

CF : Cela nous a permis de voir pleins de nouveaux arriver. Nous avons reçu pleins de mails de gars qui étaient heureux de pouvoir enfin s’inscrire au Trèfle. Evidement le contraire est vrai,  plein de gars ont rallé de ne pas avoir réussi ou de s’être connecter trop tard.

J’ai cru comprendre que ça avait bouchonné !
CF : Nous n’ imaginions pas que cela allait marcher aussi fort. Les inscriptions ont été ouvertes le samedi à 13h, nous pensions que cela prendrait le week-end et deux heures après il y avait eu 250 connectés et tout était bouclé. Il y a eu plus de 700 connections dans l’après midi. Nous avons reçu plus de 350 mails, c’était la folie. Pour l’année prochaine nous réfléchissons a un moyen pour élargir le nombre d’inscriptions en ayant tiré les leçons de cette aventure..

Une fois inscrit, comment se fait l’attribution des numéros de course ?
DM : L’attribution reste à notre discrétion, les critères sont simples, les premiers numéros suivant le classement de l’année précédente, ensuite les inters et les équipes qui tournent d’une année sur l’autre de façon à être le plus équitable.

CF :  En sachant que pour le samedi l’ordre de départ est inversé, si j’étais concurrent, je préfèrerais avoir un gros numéro car tu es assuré de rouler au moins une journée à l’avant de la course et d’avoir des spéciales en bon état.

PL : Les gens sont regroupés par équipe ou par affinité pour faciliter les assistances qui sont lourdes sur l’épreuve.

L’autre règle, c’est qu’en dehors de ceux qui roulent bien et qui sont dans les « 150 », les Lozériens n’ont pas de numéros inférieurs à 300. Pour éviter les réflexions …

DM : De toute façon, les numéros c’est un faux problème,  Kiki et Charbo ont commencé en national B avec des numéros lambda et au final ils étaient devant. Un gars comme Nicolas Ollive rentre toutes les années dans les trente premiers et c’est lui qui refuse un petit numéro pour rester avec le Sélecteur Club et rouler avec ses copains.

Certains vous reprochent prix elevé.
DM : On nous écrit que c’est trop cher, que c’est pour les bourgeois ou que nous arnaquons les gens. C’est vrai que c’est cher mais en contre partie il y a plein de truc que tu ne trouves pas ailleurs. Si nous arrivons à innover et à apporter un service au pilote, c’est que nous avons un budget.

CF : Si tu fais payer 500 F tu ne pourras jamais avoir les prestations qu’il y a sur le Trèfle. Cette année l’engagement a augmenté de 100 F, mais tout est répercuté dans les primes. Cette année, il y aura 200000 F de redistribué.

DM : C’est le seul enduro où ce n’est pas seulement les trois premiers au scratch qui touchent une prime. Il y a un grand nombre de catégories et de classes pour permettre à plein de pilotes de gagner quatre ronds. Le top pilote qui remporte le scratch et toutes les journées repart avec 35000 F,  mais ça me semble normal que ce soit les inters qui touchent le plus, leur présence est nécessaire pour avoir des retombées médiatiques.

Vos partenaires ?
DM : AMV, Ipone, la ville de Mende, la Région et le Conseil Général, France télécom et des accords avec des partenaires locaux qui n’apparaissent pas sur le visuel mais qui nous aide bien.

AMV c’est une longue histoire ?
DM : Amv  nous suit depuis le début ; Sans AMV il n’y aurait jamais eu de Trèfle. En 86 quand Claude Michy les a contactés, ils ont joué le jeu et ont pris des risques. La première année il y avait 150 concurrents, la deuxième 350 et dés la troisième ont faisait le plein, mais ce n’était pas joué d’avance. C’est aussi parce que les inters de l’époque sont venus et ont crédibilisé l’épreuve : Peter, Morales, Lalay et compagnie

En parlant de  Gilles Lalay, êtes vous tenté par l’organisation d’une épreuve extrême ?
KiKI : Dans GLC, il y a Gilles Lalay, c’était son épreuve, il faut que ça reste la sienne même si s’est fini. C’était sa volonté de ne pas aller au delà de 10, il faut la respecter .

DM : Il faut aussi les capacités d’organiser une deuxième épreuve de ce gabarit en plus du Trèfle. De toute façon, la question ne nous a jamais effleuré.

Pascal Schandelmayer
 




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