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X'TREM
HAUT ALLIER 2004: Toute première fois !
Pour
sa première participation à cette course de l'extrême, Patrick
Favre nous livre son témoignage.
2
degrés, pluie, le brouillard juste au dessus.
Beaucoup d'animation sur la place centrale de Siaugues. Des couleurs festives
portées par des enduristes qui s'interpellent par boutades pour ne pas
s'immerger trop vite dans une réalité qui promet de tenir l'engagement
de l'organisateur « la course la plus dure d'Auvergne ».Le haut
parleur égrène les numéros, la bruine force les concurrents
à l'humilité en leur penchant la tête sur le guidon.
C'est parti. La moto refuse de démarrer comme un encouragement au renoncement.
Merde l'essence ! Pas fait 10 mètres et déjà en retard,
énervé et essoufflé. C'est donc parti, une enfilade de
champ de maïs et les lunettes qui décident déjà de
migrer prudemment à l'arrière du casque. Je dépasse un
concurrent qui pensait que le ruisseau serait préférable à
l'ornière mais sa moto s'enlise jusqu'à la selle. La sagesse semble
être de faire le mouton, pas d'initiative.
Quelques minutes, la première rivière et la première montée.
40 concurrents entassés au pied de l'obstacle. Des couleurs du
départ il n'en reste qu'une qui n'y figurait pas, le marron. Ca bouscule
un peu, je passe à la seconde tentative en abandonnant sans même
me retourner ma bavette et les débris de la plaque et du feu arrière.
C'était sur qu'il y aurait des frais... On enchaîne au hasard des
fléchages (irréprochables) les montées, descentes, dévers
rivalisant d'ingéniosité pour tenter de nous faire poser pied
à terre et heureux lorsque c'est que le pied. Souvent on s'élève
jusqu'au brouillard, parfois jusqu'à la neige qui transperce les
joues. Au fond des vallées les motos s'évaporent dans des volutes
de vapeur masquant un peu la fatigue ou la détresse des concurrents.
Des endroits sont tellement sinistres et sombres qu'ils sentent l'ours! On voit
des pilotes qui bricolent fébrilement
leur moto, des motos sans pilote, des pilotes sans moto qui cherche une improbable
issue après une glissade irréversible.
La première spéciale, mais ou trouvent-ils tout ces cailloux !
Presque réconfortant de voir ce monde venu dans l'espoir de vous voir
plonger pesamment dans l'eau boueuse.
Moitié du premier tour. La journée va être longue. C'est
reparti, la course est divisée en deux, hard et light, on était
prévenu qu'il fallait absolument installer des sangles sur la moto. Je
n'avais pas compris que c'était pour la version hard, car le peu de spectateurs
présent à cause du mauvais temps est rassemblé le long
des points chauds de la version hard.
Sur le parcours light les sangles tu les utilises toi même et dieu sait
si pourtant j'aurais aimé partager...
La migration se poursuit de cailloux moussus en racines luisantes, de chute
en relevage comme des animaux blessés avançant par instinct vers
un sort qui tarde à devenir clément. Fin du premier tour, la horde
est décimée, les miraculés poursuivent connaissant désormais
la couleur de l'enfer qui sera leur seule destinée. La difficulté
est décuplée, l'entraide s'installe sans différence de
caste, les jaunes tirent les rouges et inversement. Cette fraternité
amène du sens à ce cloaque. Je refais encore la première
spéciale
pour me coucher à sa sortie et ne plus me relever. Je n'aurais pas porté
mon flambeau au bout du chemin, d'autres le ferrons pour moi. Un grand respect
à ceux-ci comme à ceux qui ont préparé ce défi.
Première course d'une vie d'enduriste, parti trop vieux, peu aguerri,
si au moins l'on m'avais dit que le gîte n'était pas chauffé,
si j'avais cru les météorologues, tout cela m'aurais épargné
des longs moments de doute et de souffrance. Mais il est cependant sûr
que je reviendrai goûter au bonheur de découvrir la profondeur
des gorges de l'Allier. Ca ne s'explique pas.
Patrick01
Première participation à l'Xtrême du Haut allier